Dans le monde de l’entreprise, certaines situations défient l’entendement. L’histoire de ce cadre rémunéré sans contrepartie pendant près d’une décennie illustre les conséquences désastreuses d’une gestion administrative défaillante. Une affaire qui soulève des questions sur les obligations légales et la vigilance des services RH.
Une promotion suivie d’une déclaration d’inaptitude
Le parcours de ce salarié débute en 2011 au sein d’une grande mutuelle nationale spécialisée dans la protection sociale. Deux ans plus tard, en janvier 2013, il obtient une promotion et devient cadre chargé d’études.
Moins de douze mois après cette promotion, la médecine du travail le déclare inapte à occuper son poste. Une situation qui aurait dû déclencher une procédure rapide de la part de l’employeur.
Un vide juridique exploité involontairement
La législation française est pourtant claire sur ce point. “Lorsqu’un salarié est déclaré inapte par le médecin du travail, l’employeur dispose d’un délai d’un mois pour soit le reclasser, soit le licencier (article L. 1226-4 du Code du travail).”
Passé ce délai sans action concrète, l’entreprise doit reprendre le versement du salaire. C’est exactement ce qui s’est produit dans ce dossier. L’employeur a commencé à verser la rémunération après un mois d’inactivité.
Neuf années de rémunération sans activité professionnelle
Le cadre a ainsi perçu son salaire mensuel pendant 104 mois consécutifs. “Le salaire mensuel brut du salarié s’élevait à environ 3 200 €. Sur 104 mois, soit près de 9 années, l’entreprise lui a versé un total d’environ 336 000 €.”
Durant cette période, le salarié n’est jamais retourné dans les locaux de la mutuelle. Il n’a fourni aucune prestation de travail pour son employeur.
Une auto-entreprise lancée en parallèle
Le cadre n’est pas resté inactif pendant ces neuf années. Il a créé une auto-entreprise dans le secteur de la formation, développant ainsi une activité professionnelle parallèle.
Pourtant, jamais il n’a jugé nécessaire d’alerter son employeur. “À aucun moment, pendant ces 9 années, il n’a alerté son employeur sur l’incongruité de sa situation.”
La découverte tardive d’une nouvelle direction
C’est en 2022 qu’une nouvelle équipe de direction des ressources humaines met au jour cette anomalie. La situation a perduré sous la responsabilité de plusieurs directeurs RH successifs entre 2013 et 2022.
La mutuelle engage alors un processus de reclassement, conformément aux obligations légales. Face à l’impossibilité de trouver un poste adapté, elle prononce un licenciement pour inaptitude.
Un contentieux judiciaire sans succès
Le salarié décide de contester cette décision devant les tribunaux. Il invoque l’obsolescence de l’avis d’inaptitude datant de 2013 et reproche à son employeur des manquements à ses obligations de sécurité.
Les magistrats rejettent son argumentation. Ils considèrent le licenciement comme parfaitement justifié compte tenu des circonstances. Le salarié choisit de ne pas faire appel de cette décision.
Un coût financier considérable pour l’entreprise
Le préjudice financier pour la mutuelle s’élève à 336 000 euros. Une somme versée sans aucune contrepartie productive pendant près d’une décennie.
Cette affaire met en lumière l’importance cruciale d’un suivi rigoureux des procédures RH. Elle souligne également les risques encourus par les entreprises en cas de négligence administrative.

