Le gouvernement explore une piste audacieuse pour financer l’adaptation de la France au dérèglement climatique. Une mesure qui divise déjà les acteurs économiques et suscite de vives critiques du secteur bancaire. Le débat s’annonce houleux dans les semaines à venir.
Une hausse de 7 000 euros envisagée pour le placement préféré des Français
Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, propose de faire passer le plafond du Livret A de 22 950 euros à 30 000 euros. Cette augmentation vise à accélérer la mise en œuvre du Plan national d’adaptation au changement climatique.
La ministre justifie cette initiative par la nécessité de dégager des marges de financement supplémentaires. Ces fonds permettraient à la Caisse des dépôts d’octroyer des prêts de long terme destinés aux projets climatiques.
L’établissement public a d’ailleurs accueilli favorablement cette proposition. L’opération pourrait générer jusqu’à 10 milliards d’euros d’encours supplémentaires.
Les banques montent au créneau contre le projet
Olivier Gavalda, président de la Fédération bancaire française (FBF), qualifie cette idée de mauvaise du point de vue financier. Selon lui, la mesure encourage l’épargne des ménages aisés sans servir véritablement la transition climatique.
La FBF souligne un paradoxe majeur : la proposition immobilise l’épargne dans des placements liquides. Or, les investissements de long terme restent indispensables pour financer efficacement la transition écologique.
Un coût fiscal considérable pour l’État
Les impacts budgétaires inquiètent également les opposants au projet. Le manque à gagner fiscal pour l’État pourrait avoisiner 5 milliards d’euros en 2025.
Cette perte de recettes s’ajouterait aux surcoûts imposés aux établissements bancaires. La dépense publique augmenterait au bénéfice des détenteurs les plus aisés.
Des bénéfices concentrés sur les épargnants fortunés
Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, tempère l’enthousiasme gouvernemental. Il rappelle qu’un relèvement du plafond ne signifie pas automatiquement une hausse d’investissement.
Les clientèles déjà au plafond du Livret A profiteraient disproportionnellement de cette mesure. Ces épargnants aisés bénéficieraient d’avantages fiscaux sans que cela ne garantisse une mobilisation accrue vers les projets climatiques.
Un arbitrage en suspens à Matignon
La proposition n’a pas encore reçu l’aval de Matignon ni l’approbation de Bercy. Les discussions se poursuivent au sein de l’exécutif.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé à Monique Barbut de présenter des mesures supplémentaires. La ministre dispose jusqu’à fin septembre pour soumettre de nouvelles propositions.
L’arbitrage final déterminera si cette piste controversée sera finalement retenue pour financer l’adaptation climatique du pays.

