Alors que l’échéance présidentielle se rapproche, l’exécutif se trouve pris en étau entre la nécessité de redresser les comptes publics et la tentation de lâcher du lest face aux critiques. Dans ce contexte électoral tendu, le Premier ministre a dû monter au créneau pour couper court aux rumeurs concernant d’éventuelles mesures d’austérité.
Un démenti ferme sur les réseaux sociaux
Jeudi, le chef du gouvernement a utilisé la plateforme X pour clarifier sa position. Son message se voulait sans ambiguïté face aux informations circulant sur de possibles coupes budgétaires.
Il a ainsi affirmé : « Suppression des APL (Aides personnalisées au logement) pour les étudiants, gel du RSA ou du minimum vieillesse, remise en cause du crédit d’impôt pour les services à la personne, hausse de l’impôt sur le revenu… Tout cela est faux ! »
Seule une piste avait véritablement suscité l’inquiétude : l’intégration du revenu des parents dans le calcul des aides au logement destinées aux étudiants. Les associations étudiantes s’étaient rapidement mobilisées contre cette éventualité.
Des économies nécessaires malgré tout
Pourtant, un rapport gouvernemental évoque bel et bien des économies substantielles. Le document propose 4,2 milliards d’euros d’économies sur les politiques familiales, dont 2,5 milliards à court terme.
La France traverse une période économique délicate. La croissance reste atone, le chômage repart à la hausse et les taux d’intérêt augmentent, alourdissant mécaniquement le poids de la dette.
Des objectifs budgétaires flous
Sébastien Lecornu n’a pas encore défini d’objectif de déficit pour 2027. Il s’est même montré « pas très optimiste » concernant le respect de la cible de 5% du PIB en 2026, après 5,1% en 2025.
Sur X, le ministre a précisé que le budget 2027 « est encore en préparation ». Il a ajouté que « les véritables décisions seront annoncées lorsqu’elles auront été prises, en transparence ».
Franchises médicales : marche arrière
Le gouvernement a abandonné l’idée de doubler les plafonds des franchises médicales, qui seraient passés de 100 à 200 euros par an. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a reconnu le caractère « brutal » de cette mesure.
Elle n’exclut toutefois pas une augmentation moins importante de ces franchises.
Les retraités aisés dans le viseur
Le ministre des Finances, Roland Lescure, a évoqué une désindexation partielle des pensions des retraités aisés par rapport à l’inflation. Sébastien Lecornu n’a pas démenti cette piste.
Selon Le Parisien, cette mesure pourrait toucher les retraites supérieures à 2 000 euros par mois.
Quid des recettes fiscales ?
L’exécutif maintient son refus d’augmenter les impôts. Néanmoins, Bercy examine la possibilité de reconduire la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, selon Les Echos.
Un parcours parlementaire semé d’embûches
Le député macroniste Sylvain Maillard explique ces hésitations par la volonté gouvernementale de « ne pas se faire censurer » par une coalition regroupant la gauche et le Rassemblement national.
Il a rappelé sur France info : « Il faudra négocier, il n’y aura pas le choix, on n’a pas de majorité à l’Assemblée ».
Les socialistes en ligne de mire
L’exécutif envisage probablement de se tourner vers les socialistes pour négocier un accord de non-censure, avant de recourir à l’article 49.3.
Mais le député Franck Allisio (RN) a prévenu sur France inter que son groupe ne fera « jamais la politique de petite tambouille comme l’a fait l’année dernière le groupe socialiste de manière à ce que ce budget passe sous une forme ou une autre ».
L’automne s’annonce donc « budgétaire et laborieux au Parlement ».
La menace d’une loi spéciale prolongée
Sébastien Lecornu a lancé un avertissement aux candidats : « Les candidats qui chercheraient à empêcher tout budget à l’automne prendraient la responsabilité de condamner leur propre première année de quinquennat ».
Un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) examine les conséquences du recours à la loi spéciale. Cet outil législatif permet de pallier l’absence de budget en reconduisant les recettes de l’année précédente et en autorisant les dépenses indispensables à la continuité de l’État.
Des risques économiques majeurs
En cas de présidentielle et de législatives en juin, cette loi spéciale s’appliquerait pendant la majeure partie de l’année, contrairement aux six semaines de 2025 et 2026.
L’IGF met en garde : cette application prolongée « exposerait le pays à des difficultés certaines et, à certains égards, à des risques majeurs ».
Le rapport précise que « l’accroissement de l’incertitude affecterait la confiance des acteurs économiques ». Le coût minimal de cette situation est estimé à 0,5 point de PIB.

