Le système de financement des pensions de la fonction publique suscite un débat inattendu. Contrairement aux idées reçues, une hausse substantielle des retraites des agents de l’État ne provoquerait pas de trou dans les comptes sociaux. Cette affirmation, qui peut sembler contre-intuitive, repose sur les mécanismes comptables spécifiques du régime public.
Une affirmation surprenante qui bouscule les idées reçues
Bertrand Martinot porte un regard sans concession sur le mode de financement des pensions publiques. L’économiste avance une thèse qui dérange : “Si demain matin vous doublez la pension des fonctionnaires, vous n’avez pas creusé d’1€ le déficit des retraites.”
Cette déclaration s’appuie sur une réalité comptable méconnue. Une augmentation des pensions génère certes une dépense supplémentaire, mais celle-ci ne constitue pas un déficit nouveau selon les mécanismes actuels.
Un dispositif budgétaire à part dans les comptes publics
Le compte d’affectation spéciale baptisé “Pensions” enregistre l’ensemble des retraites civiles et militaires. Ce système fonctionne selon des règles distinctes du régime général.
L’État assume le rôle d’employeur et verse des contributions considérables. Pour 2026, ces taux atteignent 78,6% pour les fonctionnaires civils. Les militaires bénéficient d’un taux encore plus élevé : 126,07%.
Des contributions sans équivalent dans le privé
Ces pourcentages dépassent largement ceux pratiqués dans le secteur privé. L’employeur public finance quasi-intégralement le système de pensions de ses agents.
Cette particularité explique pourquoi le régime repose essentiellement sur les ressources budgétaires de l’État plutôt que sur des cotisations équilibrées.
La situation financière du compte spécial
En 2023, le CAS “Pensions” affichait un déficit annuel de 1,143 milliard d’euros. Toutefois, son solde cumulatif demeurait positif avec 7,8 milliards d’euros de réserves.
La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme. Ces réserves pourraient s’épuiser dès 2026 si la trajectoire actuelle se poursuit sans ajustement.
Un budget prévisionnel de 65 milliards d’euros
Les recettes du compte spécial s’élèvent à environ 65 milliards d’euros pour les exercices à venir. Ce montant figure dans les prévisions budgétaires officielles.
Aucun déficit caché n’existe selon les analyses. La contribution annuelle de l’État représente approximativement 50 milliards d’euros de cette enveloppe globale.
Une question de présentation comptable plutôt que de trou financier
Bertrand Martinot pointe du doigt le manque de transparence dans l’exposition des comptes. La présentation actuelle ne reflète pas clairement les mécanismes réels de financement.
L’économiste insiste sur une évidence : ces 65 milliards d’euros doivent être financés quoi qu’il arrive. La question n’est pas celle d’un déficit mais d’une charge assumée par les finances publiques.
Un débat sur la gestion des dépenses publiques
Cette controverse illustre les enjeux autour de la gestion budgétaire. Une hausse des pensions n’engendre pas de nouveau déficit dans le système de retraites lui-même.
Elle augmente néanmoins la pression sur le budget général de l’État, qui doit mobiliser davantage de ressources pour honorer ses engagements envers ses agents.

