Transformer son épargne en rente viagère reste une option méconnue et peu attractive pour les épargnants français. Entre les frais d’aréage prélevés à chaque versement et les coûts annuels de gestion, les établissements financiers appliquent une tarification très variable qui peut rogner significativement les revenus des retraités.
Un écart considérable entre acteurs web et banques traditionnelles
Les courtiers en ligne se démarquent nettement sur la question des frais d’aréage. Fortuneo, BoursoBank et Goodvest affichent une gratuité totale sur leurs produits d’assurance vie et de Plan d’Épargne Retraite.
Altaprofits adopte également cette politique de zéro frais, à l’exception notable de certains contrats comme Titres@PER, Titres@Vie chez SwissLife ou Digital Vie Prime chez Suravenir, où le taux grimpe à 3%.
Du côté de Placement-direct.fr, la stratégie tarifaire varie selon les produits. Les contrats Placement-direct Essentiel avec Generali et Retraite ISR via UMR bénéficient de la gratuité, tandis que d’autres supports appliquent 3% de frais.
Les banques traditionnelles maintiennent des tarifs plus élevés
BNP Paribas facture 2,75% sur l’assurance vie et 1,5% sur le PER. La Banque Postale plafonne ses frais d’aréage à 1,50% pour son offre Cachemire PER.
Seul le Crédit Agricole rejoint les acteurs web avec un taux de 0%, se positionnant ainsi comme l’exception parmi les établissements bancaires classiques.
Des coûts annuels de gestion qui s’accumulent
Les frais sur encours de rente constituent une charge récurrente assimilable à des frais de gestion classiques. Ces prélèvements oscillent généralement entre 0,6% et 1% par an du capital transformé en rente.
BNP Paribas maintient une cohérence tarifaire en appliquant 0,70% identiques en phase d’épargne et en phase de rente. La Banque Postale plafonne ses frais à 0,85% maximum pour son Cachemire PER.
Le Crédit Agricole propose un barème dégressif : 0,80% par an maximum, réduit à 0,70% selon le volume global sous gestion.
La tarification des acteurs numériques
Chez les courtiers en ligne, BoursoBank affiche le tarif le plus compétitif avec 0,50% annuel. Caravel applique 0,75% sur son PER, tandis que Fortuneo se positionne à 0,80%.
Yomoni adopte une approche contrastée avec 2% pour son PER contre 0,60% pour l’assurance vie. Cette différence significative mérite attention lors du choix du produit d’épargne.
Des montants de rente en baisse depuis vingt ans
L’allongement de l’espérance de vie impacte directement le calcul des pensions. « Il faut calculer, si l’épargnant choisit la rente, combien cela représentera. Sachant que le montant des rentes est 10 à 15% plus faible qu’il y a 20 ans car l’espérance de vie augmente. En effet, le calcul des rentes se fait sur les tables de mortalité de l’INSEE. Le montant de la rente est réparti sur une durée plus longue aujourd’hui », explique Olivier Rull, co-fondateur du courtier Caravel.
Les assureurs et banques versent cette somme périodiquement jusqu’au décès du bénéficiaire. La dilution du capital sur une période plus étendue réduit mécaniquement les versements mensuels.
Une formule largement délaissée par les épargnants
Les chiffres témoignent d’un désintérêt massif pour la sortie en rente. « Les sorties en rente en assurance vie sont très peu fréquentes. Les clients préfèrent conserver la disponibilité de leur capital et d’obtenir un complément de revenu par rachat ponctuel sur le contrat ou rachats partiels programmés qui offre une grande souplesse ».
BNP Paribas enregistre moins d’un contrat sur 10 000 demandant une sortie en rente sur l’assurance vie, avec seulement une vingtaine de rentes PER actives.
Des statistiques éloquentes chez les autres établissements
Le Crédit Agricole comptabilise pour 2025 uniquement 10 demandes de sortie en rente sur l’assurance vie et 29 sur les PER. Placement-direct.fr recense quelques dizaines d’épargnants ayant choisi la rente sur le PER, aucun sur l’assurance vie.
La sortie en capital remporte 98% des suffrages contre 2% pour la rente viagère, selon les données de Placement-direct.fr sur les contrats proposant les deux modalités.
La flexibilité du capital prime sur la rente
Les épargnants privilégient massivement la conservation de leur capital. Les rachats partiels programmés ou ponctuels offrent une souplesse incomparable pour adapter les revenus aux besoins réels.
Cette stratégie permet également de transmettre le capital restant aux héritiers, contrairement à la rente viagère qui s’éteint au décès du bénéficiaire sans transmission possible.
Un régime fiscal variable selon les situations
Pour le Plan d’Épargne Retraite, deux régimes fiscaux coexistent. Lorsque les versements volontaires ont été déduits fiscalement, la pension subit l’impôt sur le revenu après un abattement de 10%.
Sans déduction préalable, le régime de la rente viagère à titre onéreux s’applique. Seule une fraction de la rente, déterminée par l’âge du bénéficiaire, est imposable.
L’assurance vie relève exclusivement du régime fiscal de la rente viagère à titre onéreux, quelle que soit la situation antérieure des versements.

