Le débat budgétaire s’achève enfin en France après quatre mois d’intenses discussions parlementaires. Le 2 février, les députés ont mis un terme à ce marathon en rejetant deux motions de censure déposées par le Rassemblement national et La France insoumise, permettant ainsi l’adoption définitive du Projet de Loi de Finances (PLF) 2026. Cette adoption, obtenue grâce à l’utilisation du 49.3 par le Premier ministre Sébastien Lecornu, survient dans un contexte économique tendu où la dette publique continue sa progression inexorable.
Un déficit moins ambitieux qu’espéré
Le texte définitif prévoit une réduction du déficit public à 5% du PIB en 2026, après un niveau attendu à 5,4% pour 2025. Ce chiffre marque un net recul des ambitions initiales du gouvernement, qui s’était fixé un objectif plus ambitieux.
Les prévisions de déficit ont été progressivement revues à la hausse au fil des mois. L’ancien Premier ministre François Bayrou tablait sur un déficit de 4,6% avant sa démission fin août, tandis que les textes budgétaires déposés en octobre visaient 4,7%.
La commission des finances émet d’ailleurs des doutes quant à la crédibilité de cet objectif, même revu à la baisse. Conséquence directe : l’endettement public devrait continuer sa progression pour atteindre 118,2% du PIB en 2026, contre 115,9% en 2025.
Fiscalité : les entreprises davantage sollicitées que les particuliers
Les ménages largement épargnés
Face aux craintes d’une augmentation généralisée des impôts, le gouvernement a tenu à rassurer. « Les Françaises et les Français ne connaîtront pas de hausses d’impôts », a martelé la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin devant le Sénat.
Plusieurs mesures initialement envisagées ont finalement été abandonnées :
- Le barème de l’impôt sur le revenu sera bien revalorisé à hauteur de l’inflation, alors qu’un gel était envisagé
- L’abattement de 10% pour les retraités est maintenu
- Le gouvernement a renoncé au gel des APL
Quelques nouveautés fiscales concernent néanmoins les particuliers, notamment une hausse de la CSG sur certains produits d’épargne (de 9,2% à 10,6%) et l’instauration d’une taxe de deux euros sur les petits colis.
Les grandes entreprises mises à contribution
Le virage est net : la charge fiscale se réoriente majoritairement vers les entreprises, particulièrement les plus grandes. Cette approche a d’ailleurs été vivement critiquée le 29 janvier par la majorité sénatoriale de droite et du centre.
Parmi les mesures phares :
- Abandon de la diminution prévue de la CVAE, maintenant 1,3 milliard d’euros dans les caisses de l’État
- Maintien de la surtaxe d’impôt sur les sociétés pour les entreprises au chiffre d’affaires supérieur à un milliard d’euros, qui rapportera 7,3 milliards d’euros en 2026
La ministre des Comptes publics a toutefois tenu à préciser : « 99% des entreprises ne verront aucun changement fiscal en 2026 ». Au global, le taux de prélèvements obligatoires passera de 43,6% à 43,9%.
Dépenses publiques : entre priorités régaliennes et économies ciblées
Les secteurs privilégiés
Le budget 2026 maintient des augmentations significatives pour les ministères régaliens :
- Une hausse de 6,5 milliards d’euros pour le ministère des Armées
- Des progressions également pour les Forces de sécurité intérieure et la Justice
D’autres secteurs ont vu leurs réductions initialement prévues adoucies :
- 128 millions supplémentaires pour l’insertion par l’activité économique
- 100 millions additionnels pour l’apprentissage
- Le Fonds vert disposera de 800 millions d’euros (au lieu des 650 millions initialement prévus)
Les coupes budgétaires maintenues
Pour parvenir à ses objectifs de réduction du déficit, le gouvernement a confirmé plusieurs mesures d’économies :
- Annulation des réserves de précaution des ministères
- Un milliard d’économies dans les achats publics
- Deux milliards d’économies sur les agences et opérateurs de l’État
- Réduction de 1,1 milliard d’euros pour le programme France 2030
Le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Eric Coquerel, a dénoncé « des coupes très importantes qui se confirment dans plusieurs ministères voire sont accrues », citant notamment « la Cohésion des territoires, l’Aide au développement, le Sport, l’Agriculture, la Culture, ou l’Écologie ».
Mesures sociales : des avancées significatives
Une prime d’activité revalorisée
Principale mesure sociale du budget 2026, la prime d’activité sera revalorisée de 50 euros en moyenne. Cette augmentation bénéficiera aux actifs dont les salaires sont proches du SMIC. Une enveloppe de 1,5 milliard d’euros a été budgétée pour cette mesure, bien que la commission des finances du Sénat estime ce montant sous-évalué.
Étudiants et logement
Le budget 2026 prévoit également :
- L’extension des repas à un euro dans les restaurants universitaires pour tous les étudiants
- Le maintien des APL à leur niveau actuel
- Un allègement des ponctions sur les recettes des bailleurs sociaux
- La création d’un statut de bailleur privé pour stimuler l’investissement locatif
Fonction publique sous tension
Le plafond des emplois de l’État augmente de plus de 8 000 équivalents temps plein (ETPT) par rapport à 2025. Néanmoins, certains secteurs subissent des réductions :
- 4 000 suppressions de postes d’enseignants prévues pour la rentrée 2026
- 515 postes supprimés à France Travail
À noter toutefois la création de 500 postes supplémentaires d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).
Collectivités territoriales : un effort budgétaire allégé
L’effort demandé aux collectivités territoriales a été significativement réduit, passant à 2 milliards d’euros, bien en-deçà des 5,2 milliards initialement envisagés par François Bayrou ou des 4,7 milliards proposés par Sébastien Lecornu.
Le dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales (Dilico) permettra d’économiser 740 millions d’euros au lieu des 2 milliards initialement prévus. Les communes seront totalement épargnées par ces mesures d’économie.
Le projet de loi sera désormais soumis au filtre du Conseil constitutionnel avant sa promulgation. La France sortira alors du régime contraint de la loi spéciale qui avait reconduit en urgence le niveau des dépenses publiques adoptées en 2025.

