Le marché de la dette américaine connaît une transformation profonde. Les institutions financières internationales modifient leurs stratégies d’investissement, provoquant un recul historique de leur exposition aux titres du Trésor américain. Cette tendance, qui s’accélère depuis plusieurs mois, ramène certains indicateurs à des niveaux jamais observés depuis la fin des années 1990.
Une chute spectaculaire des avoirs étrangers
Les détentions de bons du Trésor par les investisseurs internationaux ont franchi un seuil symbolique. Elles sont passées sous la barre des 3 000 milliards de dollars, un plancher inédit depuis seize ans.
Sur une période de quatre semaines précédant le 19 mars, la baisse atteint 75 milliards de dollars. Les analystes estiment les ventes nettes à environ 60 milliards de dollars durant cette fenêtre.
Les institutions publiques en retrait
Depuis le début de 2025, les banques centrales étrangères ont cédé pour 34 milliards de dollars de ces instruments financiers. Ce montant représente approximativement 1 % de leurs réserves globales, évaluées à 3 500 milliards de dollars.
Des données qui masquent une réalité complexe
Les fluctuations observées ne résultent pas uniquement de transactions directes. Plusieurs facteurs techniques influencent ces variations : l’évolution des prix obligataires, les mouvements de change et les réallocations d’actifs entre différentes entités.
Brad Setser souligne une particularité importante. La Chine aurait transféré une partie de ses positions vers des banques contrôlées par l’État. Cette opération rendrait les statistiques officielles potentiellement sous-estimées par rapport à la réalité des engagements.
Le secteur privé compense les sorties publiques
Paradoxalement, janvier a enregistré un pic d’acquisitions par les institutions publiques étrangères. Ces dernières ont acheté 50,6 milliards de dollars de bons du Trésor, soit le volume le plus important depuis treize ans.
Les investisseurs privés ont joué un rôle crucial dans l’absorption de la dette. Entre 2024 et 2025, ils ont acquis près de 1 000 milliards de dollars de titres américains, neutralisant largement les cessions des banques centrales.
Une part étrangère qui s’effrite depuis trois décennies
Au quatrième trimestre 2025, la proportion de dette américaine détenue par des non-résidents s’établit à 32 %. Ce pourcentage marque le niveau le plus faible depuis 1997.
Répartition de la dette détenue
Fin 2018, les positions étrangères totalisaient 9 230 milliards de dollars. Cette somme se divisait en 7 780 milliards en obligations de moyen et long terme, et 1 450 milliards en bons du Trésor à court terme.
Des mouvements mesurés malgré les turbulences
Les cessions demeurent réelles mais contenues. Elles s’inscrivent dans une logique de gestion active des réserves plutôt que dans une fuite massive.
Les conditions de marché et les décisions stratégiques des gestionnaires de réserves continuent de façonner ces évolutions. Cette dynamique reflète une adaptation progressive aux nouvelles contraintes économiques mondiales.

