Le marché immobilier français traverse une période de mutations profondes. Entre ajustements tarifaires et évolution des conditions de financement, les acquéreurs potentiels doivent composer avec un contexte économique complexe. Les derniers chiffres publiés révèlent des tendances contrastées qui redessinent le paysage de l’accession à la propriété.
Un marché en baisse modérée sur un an
L’Insee et les Notaires de France dévoilent un recul de 1% des prix des logements anciens au deuxième trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. Sur douze mois, la diminution atteint 0,8%.
Les maisons subissent une correction plus marquée avec une chute de 1,3%, tandis que les appartements résistent mieux avec seulement 0,1% de baisse. Cette tendance s’accentue selon l’enquête Immonot : 60% des notaires observent désormais une diminution des tarifs, contre 52% au printemps.
Des ajustements sélectifs selon les biens
Yann Jehanno, président de Laforêt, confirme que « Les ajustements de prix se poursuivent ». Toutefois, tous les segments ne sont pas logés à la même enseigne.
Les grands appartements familiaux connaîtront des corrections plus nettes. À l’inverse, les petites surfaces maintiennent leur niveau tarifaire. Le responsable tempère les attentes : « on ne voit pas des prix qui vont baisser de 10%, 15% ou 20% ».
Le crédit immobilier devient plus onéreux
La Banque de France constate une hausse du taux moyen des nouveaux crédits à l’habitat. Celui-ci est passé de 3,09% en juillet 2025 à 3,30% en juillet 2026, hors frais et assurance.
Fin septembre 2026, Meilleurtaux enregistre des taux moyens de 3,46% sur 20 ans et 3,57% pour les emprunts sur 25 ans. Cette progression s’explique par la politique monétaire de la BCE.
La BCE resserre sa politique monétaire
Le 10 septembre, la Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 0,25 point. Son taux de dépôt atteint désormais 2,50%.
Cette décision répond au regain des tensions inflationnistes. L’institution prévoit une inflation moyenne de 3% dans la zone euro en 2026.
Le pouvoir d’achat immobilier sous pression
Yann Jehanno établit une corrélation directe : « On a l’habitude de dire qu’un point de taux de crédit équivaut globalement à 10% de prix immobilier. En clair, si mon taux de crédit augmente d’un point, j’ai perdu 10% de pouvoir d’achat immobilier. »
Une légère économie réalisée sur le prix d’acquisition peut ainsi être absorbée par un emprunt plus coûteux. Le calcul devient plus complexe pour les acquéreurs.
Des conditions d’accès toujours favorables
Malgré la hausse des taux, les primo-accédants représentaient 43,9% de la production de crédits immobiliers en juillet 2026. La Banque de France qualifie les conditions d’octroi de « favorables ».
Cette accessibilité relative soutient le marché. À fin juin 2026, 958 000 transactions de logements anciens avaient été enregistrées sur douze mois, contre 907 000 un an auparavant.
Faut-il acheter maintenant ou attendre ?
Le nombre de ventes s’est redressé avant de se stabiliser depuis début 2026. Selon Immonot, seuls 7% des notaires anticipent une hausse du volume des transactions à l’automne.
46% prévoient une baisse des prix, tandis que 54% tablent sur une stabilité. La situation actuelle offre toutefois un pouvoir de négociation dans certains secteurs.
Un achat dicté par un projet de vie
Yann Jehanno estime que « Les Français ont compris que les taux d’intérêt bas étaient plutôt derrière nous ». Il rappelle qu’un achat immobilier relève d’un projet de vie, non d’un investissement spéculatif.
Attendre 2027 constitue un pari : espérer une nouvelle baisse des prix suffisante pour compenser une éventuelle remontée du coût du crédit. La décision dépend avant tout de la situation personnelle de chacun.

