Les chiffres font froid dans le dos. Une étude menée par cinq économistes européens et américains tire la sonnette d’alarme sur l’évolution de la précarité en France. En analysant les données des Restos du Cœur collectées entre 2018 et 2025, ces experts dessinent un avenir inquiétant pour des millions de personnes.
Si la tendance actuelle se poursuit, près de 10 % de la population française pourrait avoir besoin d’une aide alimentaire d’ici une dizaine d’années. Un constat alarmant qui reflète une réalité déjà bien ancrée dans le quotidien de nombreux foyers.
Une explosion de la précarité depuis 2018
Les statistiques révèlent une progression spectaculaire de la pauvreté. Entre 2018 et 2025, 8 % des Français ont sollicité les Restos du Cœur. Plus préoccupant encore, le nombre de personnes en situation de grande précarité accueillies par l’association a bondi de 37 %.
La précarité résidentielle connaît une hausse encore plus vertigineuse, avec une augmentation de 62 %. Cette notion englobe diverses formes de logement inadéquat ou instable, bien au-delà des seules personnes sans domicile fixe.
Les enfants en première ligne
Les plus jeunes paient un lourd tribut à cette crise sociale. Les enfants âgés de 0 à 9 ans représentent 25 % des personnes touchées par la précarité résidentielle. La majorité d’entre eux grandissent au sein de familles monoparentales.
En 2024-2025, la moitié des bénéficiaires des Restos avaient moins de 25 ans. Par ailleurs, 23 % des familles accueillies vivaient sous le modèle monoparental, structure particulièrement vulnérable face aux difficultés économiques.
Combien de temps dure la précarité ?
L’étude révèle que la durée moyenne de passage aux Restos s’établit à 18 mois. Si la majorité des personnes parvient à s’en sortir après un an, 14 % restent dépendantes de l’aide alimentaire pendant plus de trois ans.
Plus inquiétant : les chances de sortir de la précarité diminuent drastiquement avec le temps. L’enlisement dans la pauvreté crée un cercle vicieux difficile à briser.
Des différences selon l’âge
Les jeunes disposent de meilleures perspectives de sortie. Parmi les moins de 25 ans, 32 % quittent l’aide alimentaire après une seule campagne de six mois. Ce taux tombe à 22 % pour les personnes âgées de 65 ans et plus.
L’impact dévastateur du chômage et des loyers
Les chercheurs ont établi des corrélations précises entre indicateurs économiques et précarité. Une hausse de 10 % du chômage local provoque une augmentation d’environ 13 % de la précarité alimentaire et de 10 % de la précarité résidentielle.
L’explosion des loyers joue également un rôle majeur. Une progression de 10 % des loyers entraîne 9 % de personnes supplémentaires en précarité alimentaire. Pour la précarité résidentielle, l’impact varie selon les territoires, atteignant jusqu’à 18 %.
L’inflation, moteur de l’exclusion
L’inflation des prix et des loyers porte une lourde responsabilité. Ces facteurs expliquent 52 % de la hausse du sans-abrisme depuis 2018. Sans la baisse du chômage observée sur la période, le nombre de sans-abri aurait même été 12 % plus élevé.
Des solutions politiques existent
L’étude démontre l’efficacité de certaines politiques publiques. Augmenter le parc de logements sociaux de 10 % permettrait de réduire la précarité résidentielle de 2,5 % et le sans-abrisme de plus de 8 %.
Le développement économique constitue également un levier puissant. Une hausse de 10 % du nombre d’entreprises diminue les entrées dans la précarité résidentielle de 20 %.
Agir avant le point de non-retour
Les économistes soulignent un point crucial : les politiques publiques se révèlent bien plus efficaces avant le basculement dans la grande pauvreté. L’âge, le niveau de revenu et l’ancienneté dans la précarité influencent considérablement les possibilités de rebond.
Face à ces projections alarmantes, la prévention apparaît comme la stratégie la plus pertinente pour endiguer cette spirale de l’exclusion qui menace des millions de Français.

