L’évolution de la fiscalité française révèle un paradoxe surprenant. Alors que les recettes de l’impôt sur le revenu explosent, les contribuables voient leur taux moyen d’imposition diminuer. Cette situation inédite soulève des questions sur l’équité du système fiscal et les disparités croissantes entre les ménages.
Des recettes fiscales en forte progression
Le produit de l’impôt sur le revenu a franchi un cap historique. Les caisses de l’État ont enregistré 91,7 milliards d’euros en 2024, contre 71,5 milliards sept ans plus tôt. Cette hausse spectaculaire de 20 milliards masque pourtant une réalité plus nuancée.
Rapporté au produit intérieur brut, le poids de cet impôt a légèrement reculé. Il représente désormais 3% du PIB, alors qu’il en constituait 3,2% en 2017.
Une fiscalité allégée pour l’ensemble des contribuables
Le taux moyen d’imposition à l’IR s’est réduit durant cette période. Il est passé de 7% à 6,7%, offrant un léger répit aux foyers fiscaux français.
Cette baisse s’explique par plusieurs réformes fiscales majeures. L’abaissement de la première tranche du barème de 14% à 11% en 2020 constitue la mesure phare. L’instauration du prélèvement forfaitaire unique en 2018 a également contribué à cet allègement.
Des revenus en hausse inégale selon les ménages
Le revenu fiscal de référence moyen a connu une progression de 23,2% entre 2017 et 2024. Cette augmentation dépasse l’inflation cumulée sur la période, établie à 18,4%.
Toutefois, cette moyenne cache des écarts considérables. Les ménages les plus modestes ont vu leurs revenus progresser moins rapidement que les prix. À l’inverse, le revenu fiscal de référence des 1% des foyers les plus fortunés a bondi de près de 50%.
Le capital, moteur de l’enrichissement des plus aisés
Cette envolée des revenus des plus riches trouve son origine dans les revenus du capital. Le prélèrement forfaitaire unique, introduit en 2018, a favorisé cette dynamique favorable aux patrimoines les plus conséquents.
La pauvreté gagne du terrain
L’évolution sociale dessine un tableau préoccupant. Le taux de pauvreté s’est élevé, passant de 13,8% à 15,4% en sept ans. Cette détérioration témoigne des difficultés croissantes rencontrées par les ménages aux revenus les plus faibles.
Les niches fiscales représentent un coût massif
Les réductions et crédits d’impôt génèrent une dépense considérable pour l’État. Leur coût total atteint 15 milliards d’euros en 2024. Plus de 14 millions de foyers fiscaux bénéficient de ces dispositifs.
Près de cinq millions de contribuables cumulent au moins deux mécanismes de défiscalisation. Les principales réductions concernent la situation personnelle des ménages. Environ 400 000 foyers utilisent celles liées à l’investissement immobilier ou entrepreneurial.
Le CPO appelle à une refonte du système
Le Conseil des prélèvements obligatoires pointe la complexité excessive de la fiscalité des particuliers. Selon lui, les réductions et crédits d’impôt améliorent légèrement la progressivité de l’IR, mais ne suffisent pas.
Des recommandations pour plus de clarté
L’institution préconise l’établissement d’un cadre pluriannuel pour la fiscalité des particuliers. Elle propose également de limiter les niches fiscales et d’évaluer systématiquement leur efficacité avant tout renouvellement.

