Le Conseil des prélèvements obligatoires vient de publier un rapport détaillé sur l’évolution de la fiscalité des Français. Les chiffres révèlent une situation paradoxale : alors que les recettes de l’impôt sur le revenu explosent, le taux d’imposition moyen diminue. Une équation qui s’explique par la forte progression des revenus des plus aisés et les réformes fiscales successives.
Des recettes fiscales en forte hausse depuis 2017
L’impôt sur le revenu a généré 91,7 milliards d’euros en 2024, contre 71,5 milliards sept ans plus tôt. Cette progression spectaculaire de plus de 20 milliards traduit l’enrichissement global des contribuables français.
Pourtant, rapporté au produit intérieur brut, le poids de cet impôt recule légèrement. Il passe de 3,2% à 3% du PIB sur la période. Cette baisse relative s’explique par la croissance économique et les ajustements fiscaux opérés ces dernières années.
Les revenus des plus riches s’envolent de 50%
Le revenu fiscal de référence a progressé en moyenne de 23,2% entre 2017 et 2024. Cette hausse dépasse largement l’inflation cumulée, qui atteint 18,4% sur la même période.
Mais ces chiffres cachent des disparités considérables. Les 1% des foyers les plus aisés ont vu leurs revenus bondir de 50%, notamment grâce aux revenus du capital. Le prélèvement forfaitaire unique, instauré en 2018, a favorisé cette envolée.
La pauvreté gagne du terrain
À l’inverse, les ménages modestes subissent une progression de leurs revenus inférieure à l’inflation. Cette stagnation du pouvoir d’achat se reflète dans le taux de pauvreté, qui grimpe de 13,8% à 15,4%.
Un taux d’imposition qui diminue malgré tout
Le taux moyen d’imposition à l’impôt sur le revenu recule de 7% à 6,7% du revenu fiscal. Cette baisse résulte de deux réformes majeures : la diminution du taux de la première tranche fiscale de 14% à 11% en 2020, et l’instauration du prélèvement forfaitaire unique.
Ces mesures ont allégé la charge fiscale pour de nombreux contribuables, tout en modifiant profondément l’architecture de l’impôt.
15 milliards d’euros de niches fiscales en 2024
Les réductions et crédits d’impôt représentent un coût considérable pour les finances publiques. En 2024, ils atteignent 15 milliards d’euros et profitent à 14 millions de foyers fiscaux.
Près de 5 millions de contribuables utilisent au moins deux dispositifs simultanément. Les dispositifs liés aux situations personnelles – famille, âge, dépendance – restent les plus sollicités.
Des dispositifs d’investissement moins répandus
Environ 400 000 foyers bénéficient de mesures favorisant l’investissement immobilier ou entrepreneurial. Ces niches fiscales, bien que ciblées, pèsent lourd dans le budget de l’État.
Le CPO plaide pour une simplification radicale
Le Conseil des prélèvements obligatoires reconnaît que les réductions et crédits d’impôt améliorent légèrement la progressivité de l’impôt sur le revenu. Mais il juge la fiscalité des particuliers « trop complexe ».
L’institution plaide pour un cadre pluriannuel d’évolution de la fiscalité. Elle recommande également de limiter dans le temps les niches fiscales coûteuses et d’évaluer systématiquement celles arrivant à échéance avant leur renouvellement.
Ces propositions visent à rendre le système fiscal plus lisible et plus efficace, tout en maîtrisant son coût pour les finances publiques.

