Les inégalités sociales ne s’arrêtent pas à la porte de la retraite. Au contraire, elles se creusent encore davantage lorsqu’il s’agit de profiter de ces années supposées plus paisibles. Entre catégories professionnelles, niveaux de diplôme et genres, les écarts restent vertigineux. Une réalité que révèlent les dernières données disponibles sur l’espérance de vie à la retraite.
Un fossé de 3,5 ans entre ouvriers et cadres
À 30 ans, un ouvrier ne peut espérer que 18,9 années de retraite, soit 3,5 ans de moins qu’un cadre du même âge. Mais l’écart devient encore plus frappant lorsqu’on examine la retraite en bonne santé.
L’espérance de retraite sans incapacité atteint seulement 9,3 années pour un ouvrier. Ce chiffre chute de 4,9 ans par rapport à celui d’un cadre. Les années gagnées à la retraite se révèlent donc souvent marquées par des problèmes de santé pour les catégories les plus modestes.
Le diplôme, facteur déterminant pour la longévité
Les inégalités se manifestent également selon le niveau d’études. Un homme sans diplôme profite de 4,9 ans de retraite en moins qu’un diplômé de l’enseignement supérieur.
La différence s’accentue encore pour la retraite sans incapacité : 5,7 années séparent ces deux profils. Les personnes non diplômées subissent donc une double peine, avec une durée de retraite réduite et une santé plus fragile.
Les femmes diplômées doublement avantagées
Chez les femmes, les disparités suivent la même logique. Une diplômée du supérieur bénéficie de 5,2 ans de retraite supplémentaires par rapport à une femme sans diplôme.
L’écart grimpe même à 6,6 ans lorsqu’on mesure la retraite sans incapacité. Le niveau d’éducation constitue ainsi un marqueur puissant des chances de vieillir dans de bonnes conditions.
Les femmes vivent plus longtemps mais en moins bonne santé
À 30 ans, les femmes peuvent espérer 24,3 ans de retraite totale, dont 12,2 sans incapacité. Les hommes du même âge comptent 20,2 ans de retraite, dont 10,8 sans incapacité.
Les femmes disposent donc de 4,1 années de retraite supplémentaires. Toutefois, cet avantage se réduit considérablement quand on observe la retraite en bonne santé : seulement 1,4 ans de plus comparé aux hommes.
Des inégalités qui se creusent avec le temps
Entre 2009-2013 et 2017-2019, l’espérance de retraite sans incapacité s’est globalement améliorée. Cette progression concerne l’ensemble de la population française.
Néanmoins, l’écart continue de se creuser entre les diplômés du supérieur et les titulaires du baccalauréat ou moins. Cette tendance touche aussi bien la retraite totale que celle passée en bonne santé. Les progrès médicaux et sociaux profitent donc inégalement selon les catégories sociales.

