Les épargnants français confient désormais plus de 5 000 milliards d’euros aux sociétés de gestion. Un chiffre historique qui témoigne de leur confiance envers les professionnels de la finance. Pourtant, cette délégation a un prix, parfois injustifié.
La promesse affichée par les gestionnaires actifs semble alléchante : battre le marché grâce à leur expertise. Mais entre les discours marketing et la réalité des performances, l’écart peut se révéler important, surtout lorsqu’on examine la totalité des frais appliqués.
Des frais qui s’empilent et grèvent la performance
Andrea Tueni, expert marché chez Saxo, détaille les multiples coûts qui pèsent sur un investissement en OPCVM via une banque ou une assurance-vie. Le courtier recense “frais de courtage à l’achat”, “frais de gestion du fonds”, “parfois des frais de surperformance”, “frais d’entrée”, “de sortie”, “et des frais sur l’enveloppe elle-même.”
La loi impose désormais aux intermédiaires d’afficher clairement l’ensemble de ces prélèvements, en valeur nette comme en pourcentage. Une transparence bienvenue pour comparer les offres.
L’écart considérable entre ETF passifs et fonds actifs
Un ETF World classique facture entre 0,15 et 0,25 % de frais annuels. À l’opposé, un fonds actif comparable affiche en moyenne 1,4 %, d’après l’Autorité des marchés financiers. Certains produits spécialisés dépassent même la barre des 2 %.
Ce surcoût ne se légitime que si le gestionnaire parvient effectivement à surpasser son indice de référence sur la durée. Une condition loin d’être systématiquement remplie.
L’Active Share, un indicateur révélateur des vraies stratégies
Sept sociétés de gestion françaises indépendantes ont publié le 22 avril 2026 un livre blanc intitulé “La gestion active, levier de surperformance”. BDL Capital Management, Carmignac, CIAM, Comgest, Edmond de Rothschild AM, IVO Capital Partners et Moneta Asset Management y dénoncent une pratique courante.
De nombreux fonds présentés comme “actifs” se contentent en réalité de répliquer leur indice tout en facturant des frais de gestion active. Une situation préjudiciable pour les épargnants qui paient pour un service qu’ils ne reçoivent pas.
Comment mesurer la véritable gestion active
Créé en 2009, l’Active Share calcule le pourcentage du portefeuille qui diffère de l’indice de référence. Un score de 0 % signifie une réplication parfaite, tandis que 100 % indique une absence totale de positions communes.
Les seuils critiques méritent l’attention des investisseurs. En dessous de 71 %, les probabilités de surperformance diminuent fortement. Au-delà de 80 %, les fonds parviennent en moyenne à battre leur indice.
L’AMF considère qu’en deçà de 60 %, il s’agit de gestion passive déguisée. Attention toutefois : un Active Share élevé ne garantit rien à lui seul. Il faut le croiser avec d’autres éléments, notamment les performances réelles sur plusieurs exercices.
Les documents essentiels à éplucher avant d’investir
Le DICI, ou Document d’Information Clé pour l’Investisseur, constitue la première source d’information. Ce document synthétise les frais totaux et présente l’historique de performance sur différentes périodes : un an, trois ans, dix ans et depuis le lancement.
Il classe également le produit sur une échelle de risque allant de 1 à 7 et mentionne le coût annuel global du fonds. Des informations capitales pour évaluer le rapport risque-rendement.
Le prospectus révèle la stratégie réelle
Andrea Tueni souligne l’importance de ce second document : “Il explique tout le rationnel derrière le fonds, la stratégie d’investissement et les contraintes du gérant”. Le prospectus précise notamment si le gestionnaire peut réellement s’écarter de son indice ou s’il reste contractuellement limité dans ses choix.
Les ETF actifs, une alternative intermédiaire
Une nouvelle génération de produits émerge pour combler le fossé entre passif et actif. Les ETF actifs associent la cotation continue et les faibles coûts de transaction des trackers traditionnels avec une sélection de titres réalisée par un professionnel.
Ces instruments se repèrent facilement grâce au mot “Active” dans leur dénomination. Leurs frais oscillent généralement entre 0,4 et 0,7 % par an, bien en deçà des fonds actifs classiques.
Andrea Tueni observe ce phénomène : “Tous les fournisseurs d’ETF se sont lancés dans des ETF actifs pour concurrencer la gestion active. C’est clairement un concurrent aux sociétés de gestion.” Une option pertinente pour les épargnants cherchant à dépasser la gestion passive sans supporter des frais prohibitifs.
Bannir les frais superflus
Les experts recommandent d’éliminer systématiquement les frais d’entrée, qui ne procurent aucune valeur ajoutée. Chaque point de pourcentage économisé sur les frais améliore directement la rentabilité finale de l’investissement sur le long terme.

