L’égalité professionnelle entre femmes et hommes reste un objectif lointain dans le monde de l’encadrement. Malgré les dispositifs légaux et les engagements affichés, les disparités salariales persistent et s’amplifient même dans certains cas. Une nouvelle enquête révèle l’ampleur des inégalités qui subsistent entre cadres féminins et masculins, tant sur le plan financier que dans les perceptions quotidiennes du travail.
Un écart salarial qui se creuse dangereusement
La différence de rémunération entre femmes et hommes cadres a franchi un nouveau cap alarmant. Entre 2024 et 2025, l’écart s’est accru de 2 000 euros, atteignant désormais 16% de différence sur la rémunération médiane.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les femmes cadres perçoivent une rémunération médiane de 50 000 euros annuels, tandis que leurs homologues masculins touchent 58 000 euros. Cette différence de 8 000 euros témoigne d’une réalité professionnelle profondément inégalitaire.
Des disparités qui s’aggravent avec l’âge
L’analyse à profil équivalent révèle un écart global de 6,8%. Mais cette moyenne masque des réalités contrastées selon les tranches d’âge. Les jeunes cadres de moins de 35 ans connaissent un écart limité à 2%, témoignant d’une relative équité en début de carrière.
En revanche, la situation se dégrade considérablement avec le temps. Après 55 ans, l’écart explose littéralement pour atteindre 12% de différence salariale, révélant l’accumulation des inégalités tout au long de la vie professionnelle.
La ségrégation professionnelle au cœur du problème
Les secteurs d’activité reproduisent des schémas inégalitaires bien établis. Les postes les mieux rémunérés se concentrent dans la production industrielle et la maintenance, avec 63 000 euros de salaire médian. Ces fonctions comptent 87% d’hommes dans leurs effectifs.
À l’inverse, les métiers de la communication, de la création et de la culture offrent une rémunération médiane de 45 000 euros. Ces secteurs emploient majoritairement des femmes, à hauteur de 64%.
Un plafond de verre toujours solide
L’accès aux responsabilités constitue un autre frein majeur à l’égalité salariale. Hélène Garner de l’Apec souligne que « l’autre facteur important, c’est que les femmes accèdent moins aux postes à forte responsabilité que les hommes ».
Cette difficulté à progresser vers les échelons supérieurs explique en partie pourquoi les écarts se creusent avec l’ancienneté et l’avancement dans la carrière.
Des femmes confrontées à davantage d’obstacles
Les perceptions divergent radicalement selon le genre. Lorsqu’il s’agit de demander une augmentation, 57% des femmes cadres estiment que leur requête sera mal perçue, contre seulement 32% des hommes.
Plus préoccupant encore, 44% des femmes considèrent devoir fournir plus d’efforts que leurs collègues masculins pour obtenir une augmentation. Seuls 13% des hommes partagent cette perception d’une double exigence.
Le fatalisme face aux inégalités
Face à ces difficultés, une forme de résignation semble s’installer. Parmi les femmes cadres, 39% pensent que leurs demandes « ne changeraient rien », contre 31% des hommes.
Cette différence de perception traduit une expérience vécue du sexisme ordinaire et des obstacles invisibles qui jalonnent les carrières féminines.
Une directive européenne accueillie avec scepticisme
L’Europe a adopté une directive visant à renforcer la transparence salariale et l’égalité de rémunération. Pourtant, son application suscite des doutes dans le monde de l’entreprise.
Selon Laetitia Niaudeau, directrice générale par intérim de l’Apec, « 70% des entreprises sont circonspectes quant aux effets réels de la directive ». Ce scepticisme témoigne d’une méfiance envers l’efficacité des dispositifs réglementaires.
Un retard français dans la transposition
La France accuse un retard dans la mise en œuvre de cette directive. Un projet de loi est attendu pour l’automne, avec une application espérée début 2027 seulement.
Ce délai supplémentaire retarde d’autant la mise en place de mesures contraignantes pour réduire les écarts de rémunération entre femmes et hommes dans l’encadrement.

