Face à la désaffection des épargnants, l’exécutif mise sur une stratégie audacieuse. Alors que les retraits s’accumulent et que l’attractivité du placement préféré des Français s’érode, le Premier ministre propose une hausse du plafond pour attirer des milliards d’euros supplémentaires. Une manœuvre qui divise les experts et interroge sur l’avenir de l’épargne populaire.
Une collecte en berne malgré la hausse du taux
Le placement star des Français traverse une période compliquée. En septembre dernier, les retraits ont dépassé les versements de 1,52 milliard d’euros, un signal inquiétant pour un produit qui reste pourtant accessible à tous.
L’encours total s’établissait fin septembre à 442,7 milliards d’euros. Un montant colossal, mais qui ne suffit plus à masquer la réalité : le taux de 1,7%, fixé lors de la dernière révision d’août, peine à convaincre les épargnants.
Cette rémunération, réévaluée semestriellement en février et août selon l’évolution de l’inflation, apparaît aujourd’hui comme insuffisante face à la hausse des prix.
Un relèvement du plafond pour drainer l’épargne
Sébastien Lecornu a dévoilé son plan en février. Le Premier ministre souhaite porter le plafond du Livret A de 22.950 euros à une fourchette comprise entre 25.000 et 30.000 euros.
Cette mesure vise un objectif précis : capter davantage d’épargne privée pour alimenter les caisses publiques. Les sommes collectées permettraient ainsi de financer des projets d’intérêt général à moindre coût pour l’État.
Des milliards pour les investissements publics
Selon Eric Dor, cette augmentation pourrait générer “une dizaine de milliards d’euros” de dépôts supplémentaires. Ces nouvelles ressources se traduiraient par près de 5 milliards d’euros de crédits disponibles pour l’État et les collectivités territoriales.
Environ 60% des montants déposés sur les livrets rejoignent la Caisse des dépôts et consignations. Cette institution utilise ces fonds pour soutenir le logement social et moderniser les infrastructures publiques.
Les nouveaux réacteurs nucléaires pourraient également bénéficier de ce financement. Une perspective qui souligne l’importance stratégique de cette épargne populaire pour les grands chantiers de la nation.
Des experts divisés sur la pertinence de la mesure
Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, manifeste son scepticisme. Il interroge la nature même de l’épargne que les autorités souhaitent privilégier : faut-il encourager un placement liquide et défiscalisé ou plutôt favoriser l’investissement à long terme dans l’innovation ?
Philippe Crevel pointe d’autres risques. L’économiste met en lumière l’impact potentiel sur l’endettement public et alerte sur la perte de recettes fiscales.
Le risque de la substitution fiscale
La défiscalisation du Livret A constitue son principal atout auprès des épargnants. Mais cette caractéristique pourrait se retourner contre les finances publiques si les Français transfèrent massivement leur argent depuis des placements imposables.
Le défi de l’attractivité reste entier. Tant que le taux de rémunération demeurera inférieur à l’inflation, l’épargne continuera de perdre du pouvoir d’achat, freinant l’enthousiasme des déposants.
La prochaine révision du taux, prévue en février, sera scrutée avec attention. Elle pourrait déterminer le succès ou l’échec de la stratégie gouvernementale pour redynamiser ce placement emblématique.

