La transmission d’entreprise constitue un enjeu majeur pour l’économie française. Alors qu’un quart des dirigeants dépassent les 60 ans, l’absence de repreneurs menace la survie de milliers de sociétés. Face à ce défi structurel, les propositions fusent dans le débat politique pour moderniser la fiscalité des successions d’entreprises.
Une hémorragie économique sans précédent
Chaque année, près de 30 000 entreprises mettent la clé sous la porte par manque de successeur. Un constat alarmant qui pourrait s’aggraver dans les années à venir.
Les projections annoncent une vague sans précédent : 370 000 sociétés chercheront un repreneur d’ici 2030. Cette situation critique s’explique notamment par le vieillissement des dirigeants, puisque 25% des chefs d’entreprise ont franchi le cap des 60 ans.
L’exonération fiscale comme solution
Dominique de Villepin avance une proposition radicale pour enrayer cette spirale. L’ancien Premier ministre souhaite supprimer les droits de succession sur les transmissions d’entreprises réalisées du vivant du dirigeant.
Cette mesure vise à encourager l’arrivée d’une nouvelle génération aux commandes. Elle permettrait également de maintenir le capital dans l’activité économique plutôt que de le dilapider en frais fiscaux.
Un équilibre budgétaire recherché
Pour compenser cette exonération, Villepin propose d’augmenter la fiscalité sur les successions post-mortem. Cette approche permettrait d’équilibrer les finances publiques tout en réduisant le coût du pacte Dutreil.
La Cour des comptes évalue actuellement ce dispositif à 5,5 milliards d’euros pour les finances de l’État.
Le pacte Dutreil dans la tourmente
Ce mécanisme fiscal accorde un abattement de 75% lors d’une transmission d’entreprise. En contrepartie, les bénéficiaires doivent conserver les titres durant six années.
Le pacte Papin, inscrit dans le projet de loi de finances 2027, viendra compléter ce dispositif. Il facilitera notamment le rachat des sociétés par leurs propres salariés.
Un échiquier politique divisé
David Lisnard défend une ligne encore plus libérale. Le candidat réclame l’élimination totale des impôts sur la transmission d’entreprises.
Bruno Retailleau privilégie quant à lui un renforcement du pacte Dutreil existant. Une approche plus progressive que ses concurrents.
Les positions à gauche et à l’extrême droite
Le Rassemblement National conditionne toute exonération à la conservation durable de l’entreprise. Cette proposition vise à éviter les reventes spéculatives rapides.
À l’opposé du spectre politique, Raphaël Glucksmann et les Écologistes militent pour réduire l’abattement du pacte Dutreil. Ils jugent ce dispositif trop avantageux fiscalement.
Vers une refonte globale du système
Les différentes propositions convergent vers un objectif commun : moderniser la fiscalité successorale des entreprises. Les modalités divergent toutefois radicalement selon les sensibilités politiques.
L’équation reste complexe : sauvegarder le tissu économique tout en préservant les recettes de l’État. Un arbitrage délicat qui mobilise l’ensemble de la classe politique française.

