Revalorisation des retraites : vers un gel ou une hausse de la CSG ?

Gestion Patrimoniale Stratégique

Les retraités français pourraient voir leur pouvoir d’achat amputé dans les prochains mois. Face à un besoin de financement de plusieurs milliards d’euros, l’exécutif explore différentes pistes pour alléger la facture de la revalorisation annuelle des pensions. Plusieurs scénarios sont sur la table, tous susceptibles d’impacter les revenus des personnes âgées.

Un coût de revalorisation estimé à 6 milliards

La législation impose une indexation annuelle des pensions de base selon l’inflation constatée l’année précédente. Avec une hausse des prix anticipée à 2,1% pour 2026, cette revalorisation automatique représenterait une dépense d’environ 6 milliards d’euros pour l’État.

David Amiel, ministre des Comptes publics, a identifié deux leviers principaux pour dégager cette somme. Le premier consisterait à bloquer totalement les pensions. Le second viserait à supprimer l’abattement fiscal de 10% dont profitent actuellement les retraités imposables.

Une combinaison des deux mesures pourrait également être mise en œuvre, selon les déclarations du ministre. Cette approche hybride permettrait de répartir l’effort sur différentes catégories de bénéficiaires.

Une troisième option : augmenter la CSG

Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, a suggéré une alternative. Il propose d’augmenter le taux de CSG appliqué aux pensions pour l’aligner sur celui des actifs.

Actuellement, les retraités acquittent au maximum 8,3% de CSG, tandis que les salariés en paient 9,2%. Cette harmonisation permettrait de générer des recettes supplémentaires sans toucher directement au montant des pensions.

Les syndicats et la gauche proposent d’autres solutions

Plusieurs organisations syndicales et formations politiques de gauche rejettent ces pistes. Ils préconisent plutôt de revoir les exonérations de cotisations sociales accordées aux entreprises.

Ils militent également pour une modification de la fiscalité, ciblant davantage les hauts revenus et les transmissions patrimoniales. Ces mesures permettraient, selon eux, de préserver le pouvoir d’achat des retraités.

Quels retraités seraient concernés par un gel ?

Un blocage généralisé des pensions pénaliserait particulièrement les retraités modestes. Pour ces derniers, la pension de base peut représenter jusqu’à 70% de leurs revenus, contre seulement 40% pour les anciens cadres.

Le Premier ministre affirme vouloir épargner les petites retraites, sans toutefois préciser le seuil retenu. La pension complémentaire, gérée par des régimes comme l’Agirc-Arrco, obéit à des règles de revalorisation distinctes.

Les seuils envisagés et leur impact

En 2020, les pensions supérieures à 2 000 euros bruts mensuels (incluant réversion et complémentaire) avaient été sous-indexées. Cette mesure avait touché environ un quart des retraités.

Selon les données de la Drees, un seuil fixé à 2 500 euros bruts concernerait approximativement 15% des bénéficiaires. Avec une limite établie à 3 000 euros bruts, seuls 8% des retraités seraient impactés.

Le député LFI Manuel Bompard estime qu’un gel des pensions dépassant 2 500 euros nets générerait environ 1,5 milliard d’euros d’économies. Reste à déterminer si le blocage serait total ou partiel.

Des précédents déjà observés

L’indexation sur l’inflation figure dans la loi depuis 2003. Le régime général appliquait déjà ce principe depuis les années 1980. Toutefois, des exceptions ont été actées à plusieurs reprises.

En 2019, la revalorisation avait été limitée à 0,3% pour tous, un niveau inférieur à la hausse des prix constatée. L’année suivante, les pensions supérieures à 2 000 euros n’avaient progressé que de 0,3%, contre 1% pour les revenus plus modestes.

La remise en cause de l’abattement fiscal

La suppression de l’abattement de 10% ne concernerait que les retraités imposables, soit environ la moitié d’entre eux. En 2024, le Conseil des prélèvements obligatoires, rattaché à la Cour des comptes, avait qualifié ce dispositif de trop général et mal ciblé.

Pour les ménages les plus aisés, cet avantage peut représenter une déduction pouvant atteindre 1 850 euros, selon le Conseil. L’institution avait recommandé son remplacement par une déduction forfaitaire unique.

Une tentative avortée en 2025

Le gouvernement Lecornu avait proposé une déduction forfaitaire de 2 000 euros dans le projet de budget 2026. Cette mesure devait rapporter 1,2 milliard d’euros en 2026 et 1,5 milliard en 2027.

Elle a été rejetée en commission des Finances, notamment sous la pression de députés LR, RN et LFI. L’abattement de 10% représentait en 2025 une perte fiscale de 5,7 milliards d’euros pour l’État.

Il constitue la troisième dépense fiscale du pays, derrière le crédit d’impôt recherche (8,1 milliards) et le crédit d’impôt pour les services à la personne (7 milliards).

Un dispositif vieux de près de cinquante ans

L’abattement de 10% a été instauré en 1978. Il est souvent comparé à l’abattement pour frais professionnels des salariés, créé dans les années 1950.

À l’époque, les autorités avançaient deux justifications principales. La première visait à compenser la baisse de revenus lors du départ en retraite. La seconde prenait en compte les frais de santé plus élevés des personnes âgées.

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