L’avenir du Livret A, placement préféré des Français, fait l’objet d’un débat intense au sein du gouvernement. En cause : une proposition visant à augmenter significativement son plafond pour financer la transition climatique, une idée qui divise déjà profondément le secteur bancaire et l’exécutif.
Une hausse envisagée pour financer l’adaptation climatique
Le gouvernement explore la possibilité de porter le plafond du Livret A de 22 950 euros à 30 000 euros. Cette mesure s’inscrirait dans le cadre du Plan national d’adaptation au changement climatique, dont la présentation est prévue fin septembre.
Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, a révélé cette piste au journal Les Échos au cours de la semaine qui a précédé le 8 septembre. Cette initiative intervient après l’été le plus chaud jamais enregistré en France en 2026.
L’objectif : dégager des ressources pour la Caisse des dépôts
La ministre justifie cette augmentation par la nécessité de créer des marges de financement supplémentaires. L’objectif consiste à permettre à la Caisse des dépôts d’octroyer des prêts de long terme destinés aux projets d’adaptation au changement climatique.
Cette institution gère actuellement 60% des fonds collectés via les Livrets A, LDDS et LEP. Elle prête déjà environ 200 milliards d’euros à taux préférentiels pour des projets d’intérêt général, notamment le logement social et les services publics locaux.
Un projet encore en discussion
La proposition « a été accueillie favorablement par la Caisse des Dépôts ». Toutefois, elle « n’a pas encore été arbitrée par Matignon ni approuvée par Bercy ».
Pour le moment, il s’agit « pour l’heure d’une option, mais rien de plus ». Le chemin vers une adoption définitive reste semé d’embûches, notamment en raison des réticences exprimées par plusieurs acteurs économiques.
Les banques montent au créneau
La Fédération bancaire française (FBF) a manifesté son opposition à ce relèvement du plafond. Les établissements financiers versent les intérêts du Livret A, LDDS et LEP sur environ 40% de la collecte totale, à des taux supérieurs à ceux de leurs propres livrets bancaires.
Un argument économique et social
Selon la FBF : « Relever le plafond du Livret A reviendrait à accroître une dépense publique au bénéfice des détenteurs de Livret A les plus aisés et au détriment de ceux qui investissent pour la transition ».
Cette critique s’appuie sur des données concrètes : au moins 15% des Livrets A dépassaient le plafond de 22 950 euros en 2025. Les bénéficiaires de cette hausse seraient donc une minorité disposant déjà d’une épargne conséquente.
Un coût fiscal qui interroge
Le Livret A, comme le LDDS, le LEP et les anciens PEL, bénéficie d’une exonération fiscale totale. Cette spécificité représentait un manque à gagner d’environ 5 milliards d’euros pour l’État en 2025.
« A l’heure où les caisses de l’Etat sont vides, pas sûr que l’exécutif donne le feu vert à un relèvement du plafond du Livret A qui bénéficierait à une minorité de Français », soulignent plusieurs observateurs économiques.
Cette dimension budgétaire pourrait bien constituer l’obstacle majeur à la concrétisation de cette proposition, malgré son ambition écologique affichée.

