Le géant américain de la technologie essuie un nouveau revers judiciaire en France. Le Tribunal des activités économiques de Paris vient de prononcer une sanction financière de grande ampleur contre Google pour des pratiques jugées déloyales dans le secteur de la publicité numérique. Cette décision marque un tournant dans la régulation des plateformes technologiques dominantes.
Une condamnation historique de 126 millions d’euros
Le tribunal a prononcé une condamnation à hauteur de 126 millions d’euros de dommages et intérêts au profit de plusieurs groupes de médias français. La juridiction reproche à Google d’avoir utilisé sa position dominante pour avantager sa propre régie publicitaire en ligne.
Cette sanction, bien qu’inférieure aux demandes initiales, représente une victoire significative pour les éditeurs de presse. Les médias réclamaient à l’origine 570 millions d’euros de réparation.
Un partage inégal entre les plaignants
L’indemnisation se répartit de manière différenciée entre les différents groupes ayant porté plainte. Prisma Media obtient la part la plus importante avec 61 millions d’euros. Le groupe Le Figaro se voit attribuer 26 millions d’euros.
Les Echos-Le Parisien recevront 11,5 millions d’euros, tandis que la plateforme vidéo Dailymotion bénéficiera de 27,5 millions d’euros. Cette répartition reflète l’ampleur des préjudices subis par chaque acteur.
Google maintient sa ligne de défense
La firme de Mountain View n’a pas encore tranché sur un éventuel recours en appel. Un porte-parole du groupe a réaffirmé la position de l’entreprise face à cette décision.
“Nous contestons les décisions du tribunal. Ces demandes de dommages-intérêts reposent sur des interprétations erronées du secteur de l’adtech”, a déclaré le représentant de Google.
Des précédents encourageants pour les médias
Cette condamnation s’inscrit dans une série de décisions favorables aux groupes de presse. Marc Feuillée, directeur général du groupe Le Figaro, souligne qu’une jurisprudence se consolide avec les verdicts antérieurs concernant Rossel, L’Equipe et M6.
Le groupe M6 avait déjà obtenu environ 23 millions d’euros de dommages et intérêts au mois de mars dernier. Ces succès judiciaires encouragent d’autres médias à engager des procédures similaires.
Une accumulation de sanctions financières
L’Autorité de la concurrence avait déjà frappé fort en juin 2021. Elle avait infligé à Google une amende de 220 millions d’euros pour les mêmes motifs de favoritisme envers sa propre régie publicitaire.
À l’échelle européenne, la Commission a prononcé une sanction encore plus massive. Elle a condamné Google à payer 2,95 milliards d’euros en septembre, avant même la décision du tribunal parisien.
Des tensions géopolitiques en toile de fond
La décision de la Commission européenne a suscité des réactions outre-Atlantique. Le président américain Donald Trump a critiqué cette sanction dans le cadre plus large de la régulation européenne des géants technologiques américains.
Cette affaire illustre les tensions croissantes entre les autorités européennes et les grandes entreprises du numérique concernant leur domination du marché publicitaire en ligne.

