Une évolution majeure du droit du travail vient bouleverser les habitudes des salariés français. Tomber malade durant ses vacances n’est plus synonyme de jours de congés perdus. La Cour de cassation a tranché : les périodes d’arrêt maladie suspendent désormais les congés payés, offrant aux travailleurs la possibilité de les reporter.
Une jurisprudence qui change la donne
La situation a radicalement évolué depuis septembre 2025. Auparavant, seule une maladie déclarée avant le départ en vacances autorisait un report. Les salariés qui tombaient malades une fois partis perdaient définitivement leurs jours de congés.
L’arrêt n° 23-22.732 rendu par la Cour de cassation le 10 septembre 2025 marque un tournant décisif. Cette décision s’inspire de la directive européenne 2003/88/CE, qui établit une distinction claire entre deux besoins fondamentaux : le repos et la guérison.
Le principe de non-superposition des droits
Les magistrats ont estimé que congés payés et arrêt maladie répondent à des objectifs différents. Le premier vise la récupération physique et mentale, tandis que le second permet de se soigner. Ces deux périodes ne doivent donc pas se chevaucher.
Comment bénéficier du report de vos congés
Pour profiter de ce nouveau droit, plusieurs étapes s’imposent. La consultation d’un médecin constitue le point de départ indispensable. Le praticien doit établir un arrêt de travail daté avec précision.
L’envoi des documents à votre caisse d’assurance maladie et à votre employeur doit intervenir dans un délai de 48 heures. Conservez impérativement une preuve de cet envoi, qu’il s’agisse d’un accusé de réception ou d’un recommandé.
Un délai de reprise étendu
Les jours de congés suspendus peuvent être repositionnés ultérieurement. Le législateur accorde un délai de 15 mois pour utiliser ces jours reportés. Cette période offre une souplesse appréciable dans l’organisation du temps de travail.
Les implications financières du dispositif
Le système permet de cumuler deux types d’indemnisations. Les salariés continuent de percevoir leur indemnité de congés payés tout en recevant les indemnités journalières de la sécurité sociale.
L’employeur n’est pas tenu de verser un complément de salaire. Cette obligation dépend exclusivement des dispositions prévues par l’accord collectif ou le contrat de travail en vigueur dans l’entreprise.
Les démarches essentielles à suivre
La rigueur administrative s’avère cruciale pour sécuriser vos droits. Dialoguez rapidement avec votre service des ressources humaines pour clarifier la période d’arrêt concernée et fixer la nouvelle date de reprise.
Constitution d’un dossier solide
Gardez précieusement tous les justificatifs médicaux et les copies de votre arrêt. Ces documents constituent les preuves indispensables en cas de litige. Vérifiez attentivement votre bulletin de paie à la reprise pour contrôler que votre compteur de congés reflète bien la situation.
Si votre employeur refuse le report, exigez une explication écrite. Cette démarche facilitera d’éventuelles actions ultérieures auprès des instances compétentes.
Des recours en cas de blocage
Plusieurs solutions s’offrent aux salariés confrontés à un refus. Les représentants syndicaux peuvent apporter leur soutien et intervenir auprès de la direction. L’inspection du travail constitue également un interlocuteur privilégié pour faire respecter vos droits.
Dans les situations les plus complexes, la consultation d’un avocat spécialisé en droit social permet d’envisager des actions contentieuses. Ces professionnels maîtrisent les subtilités de la récente jurisprudence.
Une réforme aux effets rétroactifs
La loi du 22 avril 2024 élargit encore le champ d’application de ces nouvelles règles. Elle intègre les congés acquis durant un arrêt maladie, avec une rétroactivité potentielle jusqu’en 2009.
Cette disposition ouvre des perspectives importantes pour les salariés ayant connu des périodes d’arrêt prolongées. La documentation rigoureuse des arrêts et congés passés devient un enjeu majeur pour valoriser ces droits anciens.

